Comment l’économie collaborative peut accélérer le développement des énergies renouvelables

economie du partage

L’exploitation des réseaux de production et de distribution d’énergie a toujours été complexe. Comme il n’est pas possible d’emmagasiner l’énergie dans le réseau, il a fallu construire une capacité de production et de distribution équivalente au maximum d’énergie qui peut être nécessaire pendant les périodes de pointes. Au Québec, la pointe record remonte au 22 janvier 2014. La pointe de consommation avait alors été 39 240  MW. Dans ce contexte, la transition du réseau électrique vers les énergies renouvelables représente donc des investissements et une possible  dévaluation importante de certains actifs. Cette situation explique en partie la lenteur des progrès vers la transition énergétique.

Mais heureusement, l’internet et les applications mobiles ont aidé à faire émerger de nouvelles approches économiques qui permettent de maximiser l’utilisation les actifs des individus et des petits investisseurs. Cette approche qu’on qualifie généralement «d’économie du partage» ou «l’économie collaborative» quand elle est commerciale devrait aider à maximiser l’utilisation de ces actifs sous-utilisés et ainsi accélérer grandement la transition énergétique au cours des prochaines années.

Mais tout d’abord, qu’est-ce que l’économie du partage? Lors d’une conférence sur le sujet, le spécialiste en économie publique et conseiller municipal à la ville de Montréal Guillaume Lavoie a identifié 3 critères fondamentaux pour déterminer si un service fait partie de l’économie du partage ou de l’économie collaborative.

1-Le service permet l’utilisation d’un actif sous-utilisé

Même si le terme économie du partage peut sembler trompeur, il faut comprendre que les services qui entrent dans cet appellation visent à partager des ressources ou des actifs qui sont présentement sous-utilisés : une maison qui est vide pendant les vacances familiales, une auto qui est en mouvement seulement 10% du temps, des outils qui accumulent la poussière dans le garage ou encore un stationnement qui est libre les jours de semaine.

Le constat que font les promoteurs de l’économie du partage est que nous vivons dans une société d’abondance et de surconsommation. L’économie de partage ne signifie donc pas qu’on partage gratuitement nos biens, mais qu’on trouve des moyens de les rendre accessibles à d’autres de différentes manières.

Compte tenu qu’on sait que le réseau électrique est largement sous-utilisé pendant une grande partie de l’année, on peut donc constater que la contribution de l’économie du partage pourrait grandement aider à maximiser l’utilisation de ces actifs.

2- Accès vs propriété

À partir du moment ou on cherche à donner accès aux actifs sous-utilisés, on valorise le service qu’offre cet actif plus que l’actif lui-même. Encore là, il y a une réaction à la société de consommation. De plus en plus d’individus réalisent que pour jouir de la satisfaction d’un actif, il n’est pas toujours nécessaire de le posséder. On peut louer une auto et faire de beaux voyage et avoir accès à la mobilité sans en avoir une qui est toujours stationnée dans sa cour.

3- Abaissement des barrières d’entrée

La théorie économique est claire, pour que le libre marché puisse se développer, il faut limiter le plus possible les barrières à l’entrée afin de permettre le plus de concurrence possible. Les applications de l’économie du partage permettent à tous les joueurs, aussi petits soient-ils, d’entrer dans le marché quand les conditions sont favorables et aussi d’en ressortir facilement sans avoir à immobiliser d’importants actifs. Les actifs inutilisés qui étaient difficiles à rentabiliser autrefois peuvent maintenant être offerts très facilement sur des plateformes qui agissent comme une bourse en temps réel. Bien entendu, cette capacité à monétiser des actifs inutilisés facilement met beaucoup de pressions sur certaines industries qui doivent rentabiliser ces actifs. Mais au final, comme ces actifs deviennent accessibles sans avoir à les posséder, un nouvel équilibre va se créer éventuellement.

Voici 4 applications de l’économie collaborative qui vont aider à décarboniser notre économie.

Micro production d’électricité: Partage des surplus entre voisins.

Quand on connaît le fonctionnement d’un réseau électrique, on constate qu’il faut maintenir une énorme capacité tout au long du réseau de distribution. Il faut un réseau de transport robuste, jusque dans les réseaux de distribution. La possibilité de partager les surplus de production dans le réseau devient alors très intéressante, car il réduit d’autant la pression sur le réseau de transport en amont. Cette capacité libérée peut ainsi être utilisée pour transporter l’électricité sur de plus grandes distances et même l’exporter dans d’autres marchés.

Différents services liés à l’économie du partage pourront donc être utilisés pour aider à rentabiliser les infrastructures de microproduction dans les prochaines années. Alors que nous sommes encore loin d’avoir un smart grid au Québec, on peut penser que de plus en plus de citoyens pourront communiquer en temps réel afin de synchroniser leur  production et consommation d’énergie.

Donc, avec le coût de plus en plus compétitif du solaire, plusieurs analystes voient un raz de marée arriver qui va changer à jamais le paysage de la distribution d’énergie. Ce changement pourrait grandement accélérer l’abandon des énergies fossiles dans la production d’électricité.

 

Plus:
Will SolarCity Become an Energy Storage Power Player?
An Airbnb or Uber for the Electricity Grid?

 

3 services collaboratifs qui vont accélérer l’électrification des transports

Comme nous l’avons mentionné dans le texte «Pourquoi la voiture électrique va accélérer le développement de l’énergie solaire», les innovations qui vont aider à développer l’électrification des transports vont indirectement contribuer à rendre le réseau électrique plus propre. L’économie du partage dans les transports va donc avoir un impact sur le réseau électrique.

Prêt d’autos entre personnes et covoiturage

Présentement et pour les années à venir, le coût d’acquisition d’une voiture électrique sera toujours un peu plus élevé qu’une voiture à essence comparable, surtout si on ne tient pas compte des incitatifs gouvernementaux.

Et surtout, il faut comprendre que plusieurs consommateurs n’ont pas l’habitude ou les moyens d’acquérir de voitures neuves. Il ne suffit donc pas d’avoir des véhicules électriques au même prix que les voitures à essence neuves. Tant que le marché des voitures électriques usagées ne sera pas plus développé, plusieurs consommateurs vont continuer à utiliser des voitures à essence.  

Par contre, comme le coût d’exploitation des voitures électriques est très bas grâce aux coûts d’énergie et aux frais d’entretien très bas, l’économie du partage aidera énormément certains propriétaires à rentabiliser leur achat ou convaincra certains de faire le saut vers la voiture électrique.

Deux tendances en croissance vont avoir un fort impact sur l’électrification des transports. Le prêt d’autos entre personnes va permettre aux propriétaires d’autos électriques de rentabiliser leur investissement tout en contribuant à diminuer l’utilisation des voitures à essence. En effet, les utilisateurs de ces services qui utilisent une voiture électrique vont eux même diminuer leur empreinte de carbone.

Le covoiturage a un potentiel encore plus grand. Grâce aux applications mobiles géolocalisées, il sera de plus en plus facile pour les conducteurs de trouver  des passagers lors de leurs déplacements quotidiens. Encore là, le covoiturage peut être très rentable pour les propriétaires d’autos électriques, car le gros des coûts du transport, c’est l’achat de l’auto et de la batterie.
Ces coûts pourront être chargés aux passagers et ainsi aider à payer les paiements automobiles de ces conducteurs. Encore là, tous les passagers qui bénéficieront de ces trajets en voitures électriques vont diminuer énormément leur GES, car une auto éliminée de la route représente une économie d’énergie de 100 %.

 

Il faut aussi mentionner que plusieurs études confirment que ces services aident à briser la dépendance des familles à la voiture individuelle. Les utilisateurs d’autopartage et de covoiturage vont donc avoir tendance à utiliser davantage le transport en commun et les transports actifs, ce qui réduira encore plus la consommation de carburants fossiles.

 

Partage de bornes de recharge

Dès l’arrivée de la voiture électrique, une communauté d’enthousiastes s’est rapidement formée. Comme les bornes étaient encore plus rares au début, la plupart des propriétaires d’autos électriques se sont empressés de rendre leur borne disponible sur des sites comme «Plugshare» ou «Chargemap». Mais comme pour tout phénomène d’économie du partage, on voit évoluer cette forme de partage vers une rentabilisation de l’actif que représente la borne de recharge. Comme les coûts d’installation peuvent être assez élevés, l’idée de louer les sessions de recharge sur des applications de location de stationnement comme ParkingPanda ou Prkair fait son chemin. Encore là, ces façons de rentabiliser les coûts d’acquisition rendent les véhicules électriques encore plus abordables.

On voit le même phénomène apparaître du côté des bornes 400V de niveau 3. Alors que les coûts d’installation sont maintenant abordables pour les commerces, on voit poindre à l’horizon la possibilité de partager les bornes rapides avec le grand public selon la disponibilité de la borne. Alors que des véhicules abordable avec des autonomies de 300 km et plus arrivent sur le marché, ces nouvelles bornes rapides partagées seront les bienvenues!    

 

Bref, il nous semble clair que l’économie du partage (ou si vous préférez l’économie collaborative) est une occasion unique d’utiliser nos ressources de manière plus responsable et d’accélérer la transition énergétique.